Politique et risque
La BCE avertit : comment les risques de stabilité financière mondiale impactent les marchés émergents
L'évaluation de la stabilité financière de la Banque centrale européenne de novembre 2025 indique que l'incertitude liée à la politique commerciale, les préoccupations concernant la viabilité budgétaire des États-Unis et les fragilités internes de la zone euro s'entremêlent, ce qui pourrait avoir des répercussions profondes sur les marchés émergents à travers les flux de capitaux, les taux de change et les canaux commerciaux. Cet article analyse les mécanismes de transmission des risques du point de vue du Sud global.
Exposition des marchés émergents dans le cadre de la stabilité financière mondiale
Dans son *Rapport sur la stabilité financière* (Financial Stability Review) publié en novembre 2025, la Banque centrale européenne (BCE) indique que les risques pour la stabilité financière mondiale restent élevés. Bien que l’alerte liée à l’escalade de la guerre commerciale depuis avril se soit quelque peu apaisée, le caractère structurel de l’incertitude liée à la politique commerciale demeure inchangé, et les préoccupations concernant la soutenabilité budgétaire des États-Unis ainsi que les risques de fragmentation géoéconomique s’intensifient. Pour les marchés émergents, ce rapport esquisse en réalité une voie claire de transmission des risques provenant des pays développés vers le Sud global.
Le « double déficit » américain et l’affaiblissement de l’ancre des taux d’intérêt mondiaux
Le rapport de la BCE souligne particulièrement que les inquiétudes du marché quant à la soutenabilité budgétaire à long terme des États-Unis affaiblissent les attributs traditionnels de « valeur refuge » des obligations du Trésor américain et du dollar. Le déficit budgétaire élevé persistant et le déficit du compte courant (« double déficit ») des États-Unis entraînent un aplatissement de la courbe des rendements, tandis que la remise en cause de l’indépendance des banques centrales ébranle davantage la confiance des investisseurs. Cette évolution est cruciale pour les marchés émergents – si l’ancre du taux sans risque mondial vacille, cela provoquera une reconfiguration brutale des flux de capitaux internationaux. Historiquement, chaque ajustement majeur des anticipations de taux aux États-Unis a entraîné des fuites de capitaux et des crises monétaires sur les marchés émergents (comme le « Taper Tantrum » de 2013). Actuellement, si la prime de risque des actifs américains continue d’augmenter, les capitaux pourraient revenir des marchés émergents vers les actifs libellés en dollars (même si le dollar lui-même s’affaiblit), resserrant ainsi brutalement les conditions de financement des marchés émergents.
La vulnérabilité de la zone euro et le double effet de transmission commerciale
Le rapport note que la zone euro, en tant qu’économie très ouverte et profondément intégrée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, est extrêmement vulnérable aux retombées des frictions commerciales et des fluctuations des taux de change. Luis de Guindos, vice-président de la BCE, mentionne dans sa préface que si le marché obligataire mondial subit des tensions en raison des inquiétudes sur la dette souveraine, ces tensions pourraient se transmettre à la zone euro par le biais des flux de capitaux internationaux et des variations des taux de change, affaiblissant la compétitivité des biens et augmentant les coûts de financement. Pour les marchés émergents fortement liés commercialement à la zone euro (comme l’Europe centrale et orientale, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne), un ralentissement de la demande dans la zone euro frapperait directement les recettes d’exportation. Parallèlement, la dépréciation du dollar (que le rapport suggère comme une tendance potentiellement persistante) accentuerait la pression concurrentielle sur les exportateurs de la zone euro, mais si les devises des marchés émergents s’apprécient trop rapidement face au dollar, cela pourrait nuire à leur propre compétitivité à l’exportation. Cette interaction complexe des taux de change réduit encore la marge de manœuvre politique du Sud global.
Les trois principales sources de risque et leur lien avec les marchés émergents
La BCE regroupe les risques actuels en trois catégories, chacune étant étroitement liée aux marchés émergents :1. Valorisation excessive des actifs et intermédiation financière non bancaire : Les marchés boursiers mondiaux atteignent des records, la capitalisation boursière étant concentrée sur les grandes entreprises technologiques américaines, avec un effet de levier élevé des hedge funds et un décalage de liquidité évident dans les fonds ouverts. En cas de retournement de sentiment, les ventes forcées des institutions financières non bancaires (IFNB) pourraient rapidement se propager aux actifs des marchés émergents – les fonds des marchés développés détiennent d'importantes actions et obligations dans les marchés émergents, et les tensions de liquidité entraîneraient une vente indifférenciée de ces actifs.
2. Préoccupations concernant la soutenabilité de la dette souveraine : Certains pays de la zone euro ont des bases budgétaires fragiles, et la base d'investisseurs se tourne vers des acteurs sensibles aux prix. Une réévaluation du risque souverain est plus difficile dans l'environnement actuel. Les marchés émergents eux-mêmes sont confrontés à des problèmes de dette souveraine encore plus graves : de nombreux pays ont accumulé d'importantes dettes extérieures pendant la pandémie de 2020-2022, et sont confrontés à des taux d'intérêt élevés et à des pressions de dépréciation monétaire. Si le risque souverain européen s'aggrave, cela augmentera la prime de risque mondiale, et les conditions de financement externe des marchés émergents se détérioreront encore davantage.
3. Risque de crédit bancaire et interconnectivité : Les banques de la zone euro disposent de capitaux suffisants et de bénéfices solides, mais le risque de crédit dans les secteurs sensibles aux droits de douane (comme l'automobile, la mécanique) pourrait éroder la qualité des prêts. Les liens croissants entre les banques et les institutions non bancaires (expositions aux produits dérivés, dépendance au financement) pourraient exposer la fragilité du financement bancaire en situation de stress. Des réseaux similaires d'interconnexion banques-non-banques existent également dans les marchés émergents, en particulier dans les économies à développement rapide des marchés de capitaux comme la Chine et l'Inde, où les risques liés aux banques parallèles et aux produits de gestion d'actifs méritent une attention particulière.
Note locale sur les sources · emergingpost
emergingpost replace cette note dans Emerging Post propose des analyses rigoureuses et lisibles sur les marches emergents, les tendances de l ID... (Marches emergents / Investissement et IDE / Politique et risque explique l'angle éditorial local). dates, noms et changements de statut restent à vérifier; les Liens des sources doivent être ouverts avant de reprendre le résumé.