Politique et risque

Contrer la désinformation : la nouvelle frontière de la gouvernance démocratique et du risque d'investissement dans les marchés émergents

Cet article s'appuie sur les dernières recherches politiques de la Fondation Carnegie pour la paix internationale et, du point de vue des marchés émergents et du Sud global, analyse les impacts profonds de la désinformation sur la gouvernance démocratique et l'environnement d'investissement, et propose des stratégies de réponse fondées sur des données probantes.

Introduction : la nouvelle frontière de la guerre de l'information

Dans les pays du Sud et les marchés émergents, la désinformation n'est plus seulement un bruit de fond sur les réseaux sociaux ; elle constitue une force structurelle profonde qui remodèle la stabilité politique, la santé publique et même les flux de capitaux. Lorsque les institutions démocratiques sont encore en cours de consolidation, que l'écosystème médiatique est fragile et que la confiance sociale est faible, les mensonges et les manipulations peuvent démanteler le consensus public plus rapidement que dans les démocraties matures, et offrir un terreau propice aux abus de pouvoir.

Le rapport de la Carnegie Endowment for International Peace, publié en 2024, intitulé *Contrer efficacement la désinformation : un guide politique fondé sur des données probantes*, fournit un cadre empirique rigoureux pour comprendre ce défi mondial. Bien que cette étude s'adresse principalement aux démocraties occidentales, ses conclusions essentielles — notamment l'évaluation prudente de l'efficacité des politiques, l'appel à des réformes structurelles et la démystification des solutions technologiques — ont une forte valeur de transférabilité pour les marchés émergents.

Le terreau particulier de la désinformation dans les marchés émergents

Les marchés émergents connaissent souvent simultanément des transitions politiques, des fluctuations économiques et une numérisation de la société, ce qui rend l'offre et la demande de désinformation particulièrement dynamiques.

Du côté de l'offre, les élites politiques peuvent utiliser des récits trompeurs pour consolider leur pouvoir ou détourner la responsabilité des échecs de la gouvernance économique ; des groupes d'intérêts commerciaux peuvent également manipuler l'environnement informationnel pour influencer les politiques de réglementation. Du côté de la demande, l'incertitude économique, les injustices sociales et les traumatismes historiques rendent les populations plus réceptives aux récits simplifiés et émotionnellement provocateurs. La recherche de Carnegie souligne que la désinformation est un phénomène psychosocial complexe, difficile à réduire à une cause purement technologique — ce constat est particulièrement pertinent pour les marchés émergents.

En outre, dans de nombreux marchés émergents, les médias traditionnels (tels que la télévision et la radio) conservent une forte influence, tandis que la croissance des plateformes sociales dilue la capacité de gouvernance des entreprises technologiques individuelles. Cela signifie que se fier uniquement à la modération des contenus ou aux ajustements d'algorithmes des plateformes est loin d'être suffisant pour faire face à la détérioration systémique de l'environnement informationnel.

Choix politiques fondés sur des données probantes : une perspective des marchés émergents

Le rapport de Carnegie évalue systématiquement dix catégories d'interventions et arrive à une conclusion importante : il n'existe pas de « solution miracle ». Pour les marchés émergents, cette conclusion implique que les décideurs politiques doivent abandonner la recherche de raccourcis et construire plutôt un système de réponse multidimensionnel.

Le déclin et la renaissance de la presse locale

L'étude constate une forte corrélation entre le déclin de la presse locale, la baisse de la participation citoyenne, la perte de confiance et la propagation de la désinformation. Les médias locaux des marchés émergents sont souvent confrontés à des difficultés financières plus graves que leurs homologues occidentaux, tout en subissant des pressions politiques et des menaces de violence. Soutenir les organes de presse locaux indépendants peut constituer un projet fondamental pour endiguer la désinformation. Cependant, cela nécessite des modèles économiques durables et des subventions publiques, alors que l'espace budgétaire des marchés émergents est généralement limité. L'aide internationale au développement et le capital philanthropique peuvent jouer un rôle de levier.

L'éducation aux médias : un investissement à long terme

L'éducation aux médias est l'une des rares interventions dont l'efficacité a été démontrée, mais ses effets varient selon les méthodes pédagogiques et exigent des investissements à grande échelle et à long terme. L'importante population jeune des marchés émergents offre un dividende démographique potentiel pour l'éducation aux médias, mais la qualité des systèmes éducatifs est inégale, et la fracture numérique aggrave encore les défis. Intégrer l'éducation aux médias dans les programmes d'enseignement de base et la promouvoir par l'intermédiaire des organisations communautaires et des médias sociaux est une voie qui mérite d'être tentée.

Fact-checking : nécessaire mais insuffisant

Le fact-checking est l'un des outils les mieux étudiés ; il peut corriger des perceptions erronées spécifiques, mais a un effet limité sur les attitudes et les comportements profonds. Dans les marchés émergents, les organisations de fact-checking manquent souvent de ressources, et la production et la diffusion de fausses informations sont bien plus rapides que leur vérification. Les mesures à prendre comprennent l'investissement dans des outils d'assistance automatisée et la mise en place de réseaux régionaux de collaboration en matière de vérification des faits. Mais comme le souligne le rapport Carnegie, le fact-checking ne peut pas à lui seul inverser la tendance.

Au-delà de la technologie : l'urgence de réformes structurelles

Une erreur courante consiste à assimiler la désinformation à un problème technologique. La recherche de Carnegie indique clairement que les plateformes et les outils technologiques ne peuvent pas être l'unique centre d'intérêt. Dans les marchés émergents, les propos des leaders communautaires, des autorités religieuses et des médias traditionnels sont souvent plus influents que les recommandations algorithmiques. Par conséquent, les politiques doivent concerner plusieurs domaines : l'éducation, les médias, les institutions politiques et la société civile.

Les réformes structurelles à long terme – telles que l'amélioration des infrastructures publiques d'information, le renforcement de l'indépendance judiciaire et l'accroissement de la redevabilité du discours politique – sont lentes à produire des effets, mais elles sont fondamentales pour bâtir la résilience informationnelle. Ces réformes doivent dépasser le cadre étroit de la « lutte contre la désinformation » et s'intégrer dans le processus global de modernisation de la gouvernance nationale.

Perspective du risque d'investissement : la résilience informationnelle est un atout institutionnel

Pour les investisseurs institutionnels internationaux et les capitaux mondiaux, la capacité de gouvernance en matière de désinformation devient un indicateur important pour évaluer le risque politique des marchés émergents. La détérioration de l'environnement informationnel peut exacerber la polarisation politique, affaiblir la cohérence des politiques et même déclencher des troubles sociaux. À l'inverse, les pays qui parviennent à endiguer efficacement la désinformation et à préserver la rationalité publique font généralement preuve d'une plus grande résilience institutionnelle et d'une meilleure capacité de gouvernance.

Les investisseurs devraient prêter attention à des indicateurs non traditionnels dans les pays de marchés émergents, tels que l'indice de liberté des médias, les cadres de gouvernance numérique et la vitalité de la société civile. Parallèlement, ils peuvent soutenir les entreprises technologiques et les organisations non gouvernementales qui s'efforcent d'améliorer l'écosystème de l'information, en étendant les stratégies d'investissement ESG (environnement, social et gouvernance) au niveau de la « gouvernance de l'information ».

Combinaison de politiques : de l'urgence à l'institutionnel

Le rapport Carnegie recommande aux pays démocratiques d'adopter une « approche de portefeuille », consistant à gérer les politiques de lutte contre la désinformation comme un portefeuille d'investissement, tout en apprenant et en s'adaptant dynamiquement. Les marchés émergents peuvent s'inspirer de ce cadre, mais doivent l'adapter à leur propre contexte national.

  • Une combinaison de politiques raisonnable pour les marchés émergents pourrait inclure :- Actions tactiques à court terme : établir un mécanisme de réponse rapide pour identifier et signaler les incidents de désinformation à haut risque (par exemple pendant les élections).
  • Renforcement des capacités à moyen terme : soutenir les médias indépendants, former des vérificateurs de faits, promouvoir des programmes d'éducation aux médias.
  • Conception institutionnelle à long terme : améliorer les réglementations sur la transparence de l'information, renforcer la responsabilité des plateformes technologiques, protéger l'environnement juridique du journalisme.

Chaque politique devrait être accompagnée d'un plan de réévaluation clair et faire l'objet d'une évaluation indépendante. En outre, la coopération internationale est cruciale — la désinformation transfrontalière nécessite une réponse multilatérale, et les pays des marchés émergents devraient participer activement aux dialogues mondiaux sur la gouvernance de l'information.

Conclusion : la résilience informationnelle est le fondement du développement des marchés émergents

Les méfaits de la désinformation sur les marchés émergents ne sont pas inévitables. Ils reflètent des fragilités institutionnelles plus profondes, mais peuvent aussi être atténués par des interventions politiques ciblées. Les recherches de Carnegie nous montrent qu'il n'existe pas de solution rapide ni de miracle technologique universel. Ce qui fonctionne vraiment, ce sont des stratégies combinatoires pragmatiques, un engagement à long terme soutenu, et une conscience lucide de la complexité sociale.

Pour les marchés émergents, la résilience informationnelle n'est pas seulement une garantie importante de la santé démocratique, mais aussi un facteur clé du développement durable et de l'attraction des capitaux internationaux. Dans cette ère de surcharge informationnelle, les pays capables de protéger la vérité seront mieux placés pour gagner l'avenir.

Note locale sur les sources · emergingpost

emergingpost replace cette note dans Emerging Post propose des analyses rigoureuses et lisibles sur les marches emergents, les tendances de l ID... (Marches emergents / Investissement et IDE / Politique et risque explique l'angle éditorial local). dates, noms et changements de statut restent à vérifier; les Liens des sources doivent être ouverts avant de reprendre le résumé.

Liens des sources

  1. https://carnegieendowment.org/research/2024/01/countering-disinformation-effectively-an-evidence-based-policy-guidePrincipale

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